Portrait

Paterne DOKOU Artiste visuel / Chercheur
TRAVERSER LES TEMPS AVEC SON HÉRITAGE CULTUREL
DERNIÈRE MISE À JOUR 15/08/2025

Il est de ces artistes dont la trajectoire ressemble à une matière brute, façonnée par les épreuves, polie par la persévérance et marquée par la mémoire. Paterne Dokou appartient à cette lignée rare.

Né en 1993 à Cotonou, il grandit à la croisée de deux villes — la capitale économique et Ouidah, carrefour de cultures et de spiritualités. C’est là, après la perte déchirante de sa mère, qu’il découvre l’art comme un refuge. Un geste de survie, mais aussi la naissance d’une vocation.

Autodidacte passionné, il apprend la peinture auprès de jeunes artistes locaux et, très vite, son champ créatif déborde la toile. Chercheur en sciences et en sciences humaines, Paterne Dokou obtient un master en sciences et technologies des productions végétales, puis une licence en sociologie-anthropologie, fusionnant l’observation du vivant et l’étude des sociétés dans un même élan créatif.

Son langage artistique, il le nomme « Cut and Paste ». Sur des toiles de jute, il fixe des centaines de fragments de caoutchouc recyclés, récupérés dans les rues et les conduits d’eau du Bénin.

Ces morceaux, souvent issus de bouchons de bidons d’essence de contrebande, deviennent pour lui des témoins : mémoire d’une économie informelle, traces d’une histoire coloniale douloureuse, empreintes d’un peuple en mutation.

Chaque pièce, collée patiemment, évoque les scarifications traditionnelles du peuple Xwéda dont il est issu, tout en portant un message écologique.

L’art de Paterne est une passerelle. Une passerelle entre l’intime et le collectif, entre l’histoire et l’urgence du présent. Il ne se contente pas de créer : il enquête, interroge, relie.

En 2019, il cofonde l’association Afrikan Arts pour soutenir les talents africains. En 2023, il obtient la certification d’artiste visuel professionnel par la Visual Art Association (VAA) de Londres, et collabore à la Fondation Cartier à Paris avec William Kentridge et Bronwyn Lace.

Ses œuvres voyagent — du Nigeria au Luxembourg, de Zurich à Los Angeles — tout en restant profondément ancrées dans le sol béninois.

En 2025, il présente Abîme des empreintes à la Galerie ZATO, fruit de trois années de recherche artistique et anthropologique. Initié suite à une résidence de création, ce projet explore la disparition progressive des scarifications traditionnelles, leur signification et leur résonance actuelle. C’est une œuvre qui regarde à la fois vers le passé et vers l’avenir.

Paterne Dokou est conteur et enseignants par l’art, de l’héritage culturel béninois et africain, sculpteur de mémoire, passeur de culture. Son travail se traverse, comme un chemin qui relie l’histoire d’un peuple aux gestes patients d’un homme, et qui invite chacun à se demander : qu’allons-nous transmettre de ce que nous sommes ?

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